Marques françaises : ce que la vérification de nos 153 fiches a révélé
Depuis fin août, chaque fiche du site est repassée au crible : une source par affirmation, une explication par note basse. Le 5 octobre, les 153 fiches passent l'examen. Le constat est net : le capital français est la règle, la matière française l'exception, et quatre marques seulement obtiennent la note maximale sur les quatre critères.
Une fiche d’AlternativesFR note une marque sur quatre critères — capitaux, conception, fabrication, matières premières — et affiche comme badge la plus basse des quatre notes, jamais la moyenne. Notre barème détaille la méthode. Ce qu’il ne dit pas, c’est ce que vaut une note quand personne ne l’a vérifiée.
C’est le chantier ouvert fin août. Le 17 septembre, nous avons arrêté ce qu’est une fiche « sourcée » : chaque ligne d’information porte sa source, réussites comprises ; toute note inférieure à 3 est expliquée sur la fiche ; aucun chiffre n’y circule sans être rattaché à une source. Ce jour-là, 26 fiches sur 153 passaient ce contrôle. Le 5 octobre, elles le passent toutes.
Cet article fait le bilan. Les décomptes qui suivent portent sur les 153 fiches publiées au 5 octobre 2026.
Quatre marques seulement obtiennent 3 partout
Sur 153 fiches, voici où tombe la note plancher :
- 3 sur 3 : 4 fiches ;
- 2 : 34 fiches ;
- 1 : 91 fiches ;
- 0 : 24 fiches.
Les quatre marques notées 3 sur les quatre critères sont Bioseptyl, Fallot, le Puy du Fou et Scaleway. Une seule est un service. Pour un service immatériel, le barème lit la « fabrication » comme le lieu d’exploitation et les « matières premières » comme le socle technique. Un service qui possède ses serveurs en Europe peut décrocher le 3 ; un service qui les loue, ou qui passe par un cloud américain, ne le peut pas. C’est ce qui sépare Scaleway de messageries comme Laposte.net ou Mailo, pourtant françaises par leur capital comme par leur conception.
Le 1 est de loin la note la plus fréquente : 91 fiches, soit 59 % du catalogue. C’est le signe que le barème fait ce qu’on attend de lui. Une note plancher à 1 ne dit pas qu’une marque est mauvaise ; elle dit qu’un maillon de sa chaîne, un seul suffit, n’est pas en France.
Le capital français est la règle, pas la preuve
Deux critères sont presque toujours au maximum :
- capitaux : 113 fiches sur 153 notées 3, soit 74 % ;
- conception : 134 fiches sur 153 notées 3, soit 88 %.
Autrement dit, une marque présentée comme française l’est presque toujours par sa propriété et par ses bureaux d’études. Mais sur ces 113 marques à capital pleinement français, 75 ont un badge plancher à 1 ou à 0. Le passeport de l’actionnaire ne dit rien de l’origine du produit.
Ce qui fait descendre le badge, c’est presque toujours la matière. Sur les 149 fiches qui n’obtiennent pas 3 partout, les matières premières fixent la note plancher dans 130 cas, soit 87 %, et elles sont le seul critère à la fixer dans 75 cas. La fabrication la fixe dans 62 cas, les capitaux dans 13, la conception dans 3 (plusieurs critères peuvent être à égalité au plancher, d’où un total supérieur à 149).
Il confirme, sur des fiches désormais toutes vérifiées, le constat de notre article d’août sur l’angle mort des matières premières. Le coton, le cacao ou le café ne poussent pas ici en quantité industrielle, et c’est pourquoi le barème ne plafonne pas les matières premières comme il plafonne la fabrication : on ne reproche pas à une chocolaterie de ne pas cultiver de cacaoyers, on constate que la chaîne ne commence pas en France.
Par rayon, trois profils très différents
L’alimentation fabrique en France. Treize fiches sur quatorze y sont notées 3 en fabrication. Les usines, les ateliers, les cuisines sont ici ; ce qui limite le badge, ce sont les ingrédients.
La mode ne fabrique plus en France. Sur 16 fiches, 7 sont notées 0 en fabrication, et 7 ont un badge plancher à 0. C’est le rayon le plus sévèrement noté du catalogue, et le motif est constant : un capital, un style et un siège français, une confection hors d’Europe. Le sport (4 fiches sur 6 au plancher 0) et le matériel électronique (4 sur 5) suivent le même schéma.
Les services dépendent de leurs fondations. En finance, 11 fiches sur 12 sont notées 1 en matières premières : un service de paiement qui circule sur les réseaux de cartes internationaux dépend d’une infrastructure qu’il ne contrôle pas, quelle que soit la nationalité de la banque. Les quatre fiches du rayon cloud sont toutes notées 3 en fabrication : un hébergeur qui possède ses serveurs en Europe est sa propre usine. La messagerie montre l’inverse : aucune de ses trois fiches n’atteint 3 en fabrication. Laposte.net et Mailo sont notées 2, pour les raisons détaillées plus bas. Olvid est notée 1 : le code que l’éditeur a lui-même publié se présente comme celui du serveur de distribution des messages « hébergé sur AWS », le cloud d’Amazon.
Les notes ont bougé dans les deux sens
Sourcer une fiche n’est pas un exercice de sévérité. C’est un exercice de vérification, et une vérification peut relever une note autant que l’abaisser. Depuis le 17 septembre, 63 fiches ont vu au moins une de leurs notes changer. Sur les 77 notes modifiées, 21 sont montées et 56 sont descendues ; 11 badges ont progressé, 17 ont reculé. La vérification a donc plus souvent retiré un point qu’elle n’en a accordé, mais elle a fait les deux. Quelques exemples.
Scaleway monte. Sa fabrication passe de 2 à 3, et son badge avec. Le barème exige, pour le 3, une preuve citée que le service tourne sur des serveurs possédés en Europe. Elle était dans les mentions légales : Scaleway s’y désigne lui-même comme hébergeur de son site, à son adresse parisienne. La fiche garde pourtant ses réserves, que le 3 n’efface pas.
Laposte.net tombe de 3 à 1. C’est le recul le plus net du chantier. L’adresse d’accès au webmail, www.laposte.net, aboutit sur un bloc d’adresses enregistré au nom de Google Cloud : l’accès au service passe par un répartiteur de charge américain. Et les mentions légales montrent que la messagerie est exploitée par un prestataire, non par La Poste elle-même. Ses notes sont désormais 3/3/2/1.
Mailo descend d’un cran. Ses serveurs sont bien en France, chez l’hébergeur français Ecritel : les adresses de son site et de ses serveurs de messagerie appartiennent à un bloc enregistré à ce nom. Mais ils sont loués, non possédés, ce que le barème note 2 en fabrication comme en matières premières. Ses notes passent de 3/3/3/3 à 3/3/2/2.
Deezer descend. Ses matières premières passent de 2 à 1, et son badge avec. La note de 2 reposait sur une infrastructure parisienne, et elle existe : le document d’enregistrement universel déposé en avril 2026 décrit un cœur de service réparti entre deux centres de données à Paris, où Deezer possède presque tous ses serveurs. Mais le même document précise que le stockage des médias, l’analyse de données et la distribution des contenus reposent sur Google Cloud Platform. Un socle technique en partie américain, c’est un 1 au barème.
Serge Blanco descend aussi. Sa fabrication passe de 1 à 0. En 2017 déjà, la marque déclarait produire au Portugal, en Tunisie, à l’île Maurice et en Chine. Notre relevé de dix fiches produit, détaillé sur la fiche, n’en trouve aucune confectionnée en France ni dans l’Union européenne. Le sourçage a aussi corrigé une erreur plus simple : la fiche attribuait la création de la marque au rugbyman lui-même. La marque écrit sur son propre site qu’elle a été fondée en 1991 par Jean-Jacques Lauby, ancien professeur de sport toulousain, Serge Blanco lui ayant ensuite prêté son nom.
Le meilleur témoin est souvent la marque elle-même
Une leçon revient de fiche en fiche : les documents les plus fiables sur une marque sont souvent les siens, à condition de lire les bons.
Pas ses slogans, ni ses pages de présentation, qui disent ce qu’elle veut qu’on retienne. Mais ce qu’elle est tenue d’écrire, ou ce qu’elle écrit quand on lui pose une question précise : les mentions légales, qui nomment l’hébergeur ; le document d’enregistrement universel, déposé auprès de l’autorité des marchés ; la fiche produit, qui indique le pays de confection ; la foire aux questions.
Deux fois au moins, l’erreur était la nôtre. Mi-septembre, nous avions écrit que Kapla ne disait pas où elle fabriquait. C’était faux : à la question « Où sont fabriqués les produits KAPLA ? », sa FAQ répond qu’elle dispose de deux sites de production en Gironde et d’une unité de production à Tanger. La note de fabrication reste à 1, puisqu’une partie de la production est hors d’Europe. Mais la fiche dit maintenant ce que la marque dit, au lieu de lui reprocher un silence qui n’existait pas.
La fiche de Vestiaire Collective disait de même que son hébergement n’était pas documenté. Il l’était, dans les mentions légales : « L’hébergement du Site est assuré par : Amazon Web Services France EMEA ». La filiale qui signe est française, le cloud est américain, et la fabrication est passée de 2 à 1. Le badge n’a pas bougé, d’autres notes le tenaient déjà à 1 ; mais la réserve repose désormais sur ce que la marque écrit, et non sur ce que nous n’avions pas trouvé.
Ce que le chantier a changé
Les 153 fiches passent désormais le contrôle. Cela ne veut pas dire qu’elles sont définitives : une usine ferme, un actionnaire vend, un service change d’hébergeur. Cela veut dire que chaque note publiée s’appuie sur une ligne qui l’explique, et chaque ligne sur une source que le lecteur peut ouvrir. Une fiche qui se trompe se corrige ; une fiche qui ne dit pas d’où elle tient ses informations ne se corrige pas, parce qu’on ne sait pas où regarder.
Les exemples de cet article ont un point commun : la note a changé quand la source a changé, quand la page qu’une marque met en avant a cédé la place à celle qu’elle est tenue d’écrire.
Ce que vous achetez réellement
Quand vous choisissez une marque de ce catalogue, vous achetez presque toujours une entreprise française : son capital, ses équipes, ses décisions. Vous achetez souvent une fabrication française, surtout dans l’alimentation. Vous achetez rarement une matière française.
Le badge ne dit pas autre chose, et c’est pour cela qu’il retient la note la plus basse. Un badge à 1 n’invite pas à renoncer : il indique quel maillon manque. Sur chaque fiche, les lignes marquées d’une réserve disent lequel, et d’où vient l’information.
Sources :
- Mentions légales — Laposte.net
- Fiche réseau 35.184.0.0/13 (GOOGLE-CLOUD), adresse de www.laposte.net relevée le 4 octobre 2026 — ARIN
- Fiche réseau ECRCLOUD-EU-CUSTOMER-AGGR-08, adresses de www, mx, imap et smtp.mailo.com relevées le 4 octobre 2026 — RIPE NCC
- Mentions légales — Vestiaire Collective
- olvid-aws-server — « Source code of the lambda functions used in the Olvid message distribution server hosted on AWS » — Olvid, dépôt GitHub
- Foire aux questions — « Où sont fabriqués les produits KAPLA ? » — Kapla
- Document d’enregistrement universel 2025 — Deezer, déposé auprès de l’AMF le 29 avril 2026, section infrastructure
- Legal notice — Scaleway
- Une marque, une histoire — Serge Blanco
- Serge Blanco poursuit son développement en France et à l’export — FashionNetwork, 1er juin 2017
Les décomptes de l’article sont établis par AlternativesFR sur ses 153 fiches publiées au 5 octobre 2026, à partir des notes de chaque fiche ; les évolutions de notes comparent cet état à celui du 17 septembre 2026, tel qu’il figure dans l’historique du site. Le détail de chaque note figure sur la fiche concernée.