Loom
Moins, mais mieux
Niveau d'engagement local
Le badge correspond au critère le plus faible : aucune note ne peut en compenser une autre.
À propos de Loom
Loom publie la liste de ses usines, et ce qu’elle en dit vaut autant que la liste elle-même : sur sa page « Nos usines », la marque prévient qu’on n’y trouvera ni photo d’ouvrière souriante, ni label d’audit social, ni grille de salaires, parce que ces informations « créent un écran de fumée sur les conditions de travail réelles ». Elle affiche à la place le pays, l’effectif, la date de sa dernière visite et l’ancienneté de la relation. C’est une transparence de méthode, qui nomme ce qu’elle laisse dans l’ombre — et qui rend cette fiche vérifiable là où la plupart des marques de mode renvoient à une promesse.
L’entreprise est une SAS immatriculée à Paris depuis le 8 octobre 2018, dirigée par ses deux fondateurs, Julia Faure et Guillaume Declair ; le registre national des entreprises ne fait apparaître aucune société étrangère dans sa chaîne de direction, et la conception reste tenue par l’entreprise elle-même, qui met au point ses produits avec ses ateliers — les chaussettes du Tarn ont été développées avec l’équipe qui les tricote, écrit-elle. Ce sont ces deux points, et eux seuls, qui justifient les notes de capitaux et de conception.
Le reste demande plus de nuance. La fabrication est partiellement française : chaussettes, bonnets, écharpes, ceintures, certains pulls et les lunettes sortent d’ateliers hexagonaux nommés, et les chaussettes tricotées dans le Tarn affichent 109 points de coût environnemental contre 440 pour leur équivalent conventionnel fabriqué au Bangladesh. Mais la marque écrit elle-même que la majorité de ses usines est au Portugal, et sa propre page le confirme : vingt-cinq ateliers portugais y sont nommés contre quatre ateliers français de produits finis. Le t-shirt à 25 euros est entièrement portugais, du fil au vêtement ; le jean à 100 euros est tissé en Italie et confectionné au Portugal. C’est une production européenne assumée, pas une production française, et la note de fabrication s’arrête là.
La seconde réserve porte sur les matières premières, et elle est plus lourde. Le coton des chaussettes made in France vient d’Inde, celui du t-shirt de Turquie, celui du jean de Tanzanie ; les fils techniques du t-shirt mérinos et les boucles de ceinture sont chinois, faute de machines ailleurs selon la marque, et les filatures de laine italiennes dont elle dépendait ont délocalisé en Europe de l’Est. Le coton ne pousse pas en France, ce qui n’est reproché à personne ; il reste qu’aucune des trois pièces centrales du vestiaire ne repose sur une fibre européenne, et c’est ce qui fixe la note la plus basse de la fiche.
La troisième réserve est celle que Loom formule elle-même. Sa transparence s’arrête aux conditions de travail, qu’elle dit ne pas pouvoir garantir autrement que par le droit du pays de fabrication ; sur la traçabilité du cuir, elle écrit être restée « sans réponses ».
Face à Zara, H&M, Shein ou Temu, la comparaison ne se joue pas sur le même terrain. La fast fashion offre un prix d’entrée, une nouveauté permanente et une disponibilité immédiate que Loom ne cherche pas à égaler : le vestiaire est étroit, les modèles changent peu, et l’achat coûte davantage à l’unité. Ce que le lecteur achète ici, ce n’est pas un vêtement français : c’est une production européenne tracée atelier par atelier, quelques pièces réellement fabriquées en France, et une marque qui publie ses impasses plutôt que de les taire.
Infos sur la marque
- ✓Le registre national des entreprises donne LOOM (SIREN 842 991 655) pour une SAS créée le 8 octobre 2018, dont le siège est au 4 rue Barbette à Paris : Julia Faure en est la présidente et Guillaume Declair le directeur général, aucune personne morale étrangère n'apparaît dans la chaîne de direction enregistrée, et l'entreprise est classée PME avec une tranche d'effectif de 10 à 49 salariés au titre de 2023. Source : LOOM (SIREN 842 991 655) — données du registre national des entreprises — Annuaire des entreprises, DGE
- ✓La marque publie la liste nominative de ses usines à chaque étape de la chaîne — filature, tissage, tricotage, teinture, confection — et non au seul lieu d'assemblage, avec pour chacune l'effectif, la date de la dernière visite et l'ancienneté de la relation. Quatre ateliers français de produits finis y sont nommés : Atelier Joly dans le Tarn pour les chaussettes, Faune pour les ceintures, la Manufacture de Tricots Jean Ruiz à Roanne pour les bonnets, écharpes et pulls, et Solf pour les lunettes. Source : Nos usines — Loom
- ✓Les chaussettes sont tricotées dans le Tarn et vendues 12 euros ; leur coût environnemental, calculé selon la méthodologie officielle de l'affichage environnemental français, est de 109 points contre 440 pour un équivalent en coton conventionnel fabriqué au Bangladesh par une marque de fast fashion. Loom rapporte par ailleurs le verdict du laboratoire qui les a testées : « 15 fois plus solides que des chaussettes classiques ». Source : Les chaussettes en coton ultra solides — Loom
- ✓Le t-shirt classique est affiché à 25 euros, prix que la marque dit inchangé depuis 2018, pour un coût environnemental de 457 points contre 1 802 points pour l'équivalent en coton conventionnel d'une marque de fast fashion. Source : Le t-shirt classique en coton bio — Loom
- ✓Le jean droit, vendu 100 euros, est tissé en Italie par Candiani à partir d'un coton biologique certifié GOTS ; son coût environnemental est de 1 532 points contre 5 852 pour un jean en coton conventionnel de la fast fashion. Source : Le jean droit homme en coton bio — Loom
- ⚠La fabrication n'est française que pour une partie du vestiaire. La marque écrit elle-même que « la majorité des usines avec lesquelles nous travaillons ne se trouve pas en France, mais en Europe et surtout au Portugal » : sa page en aligne vingt-cinq au Portugal — 5D, Triwool, Elmate, Somelos — contre quatre ateliers français de produits finis, et elle justifie ce choix par le prix de vente et par un salaire minimum portugais qui dépasse 1 000 euros brut depuis 2025. Source : Nos usines — Loom
- ⚠Les matières premières viennent de loin, y compris pour les pièces fabriquées en France : le coton des chaussettes tricotées dans le Tarn est cultivé en Inde, les filatures qui le transforment étant italiennes, espagnoles et françaises. Source : Les chaussettes en coton ultra solides — origine et certifications — Loom
- ⚠Le coton du t-shirt est cultivé en Turquie, filé en Turquie ou au Portugal selon les coloris, puis tricoté, teint et confectionné au Portugal : aucune étape de cette pièce n'a lieu en France. La marque assume le choix turc, faute de filature européenne disposant de la technologie dite « compact ». Source : Le t-shirt classique en coton bio — Loom
- ⚠Le coton du jean est cultivé en Tanzanie, et le vêtement est confectionné au Portugal par l'atelier 5D : l'approvisionnement de cette pièce ne repose sur aucune fibre européenne. Source : Le jean droit homme en coton bio — Loom
- ⚠Deux usines chinoises figurent à la liste, Hangzhou Yuhui Trading Co pour les boucles de ceinture et Xinao Textile pour les fils techniques du t-shirt mérinos : Loom écrit que « seule la Chine dispose des machines nécessaires » pour ces deux pièces, et ajoute que les filatures de laine italiennes Biella et Tollegno ont délocalisé leur production en Europe de l'Est. Source : Nos usines — Loom
- ⚠La transparence affichée s'arrête aux conditions de travail : la marque indique ne publier ni les salaires ni les horaires de ses usines, et refuse les audits sociaux de type BSCI, qu'elle juge inefficaces. Sa garantie repose sur le droit du pays de fabrication et sur ses propres visites, et elle reconnaît que « l'immense majorité des ouvrières du textile travaillent le maximum d'heures légales et gagnent le salaire minimum » du pays où elles produisent. Source : Nos usines — Loom
- ⚠Sur le cuir, la marque déclare son échec : interrogés sur la traçabilité des peaux, les organismes censés la garantir l'ont laissée, écrit-elle, « sans réponses ». La laine est dite « mulesing free » et certifiée RWS quand c'est possible, sans que l'origine des toisons soit publiée. Source : Là où on galère encore — Loom
Pourquoi choisir Loom ?
Une chaîne nommée, étape par étape
La liste publique ne s'arrête pas au lieu d'assemblage : filature, tissage, tricotage et teinture y figurent avec le nom de l'atelier, son pays et son effectif, ce qui rend la vérification possible au lieu de la promettre.
Un coût environnemental affiché produit par produit
Chaque fiche produit publie sa note d'affichage environnemental officiel et celle d'un équivalent fast fashion — 109 points contre 440 pour les chaussettes —, sur une méthode d'État que la marque ne maîtrise pas.
Une durabilité mesurée, pas invoquée
Le laboratoire donne les chaussettes 15 fois plus solides que des chaussettes classiques : l'argument de durée de vie repose sur un test, et non sur un adjectif.
Des impasses écrites noir sur blanc
La marque publie une page entière sur ce qu'elle ne sait pas faire — traçabilité du cuir, usines chinoises dont elle voudrait se passer — là où le secteur préfère le silence.
Sources
- •Nos usines — usines françaises, européennes et hors d'Europe — Loom
- •LOOM (SIREN 842 991 655) — fiche du registre national des entreprises — Annuaire des entreprises, DGE