Briochin
Niveau d'engagement local
Le badge correspond au critère le plus faible : aucune note ne peut en compenser une autre.
À propos de Briochin
Voici une fiche qui demande de tenir deux idées à la fois. Briochin est l’une des rares marques d’entretien dont le capital soit resté français. Et elle ne produit plus là où son nom le laisse croire.
Une marque briochine, née d’un problème de mains sales
L’histoire, telle que la marque la raconte, commence en 1913. Raoul Renaud, marchand cirier de Saint-Brieuc, met au point un premier savon pour les mains et le présente à la foire d’exposition de Brest, où il remporte le premier prix. Le 8 janvier 1919, il dépose sa marque et la baptise « Le Briochin », du nom des habitants de sa ville.
Pendant des décennies, la gamme reste destinée aux professionnels. Ce n’est qu’en 1995 qu’elle s’ouvre aux particuliers, ce qui explique qu’une marque centenaire soit devenue familière au grand public assez récemment. Le savon noir en est resté le produit emblématique — trois ingrédients, huile de lin, potasse et eau.
Le succès, lui, est récent et mesurable : 45 millions d’euros de chiffre d’affaires attendus en 2024 contre 23 millions en 2018, une 6ᵉ place au classement des nettoyants ménagers vendus en France, 4,5 % de parts de marché, une soixantaine de produits exportés jusqu’en Chine, au Japon et en Corée. France 3 comptait fin 2024 80 % de la gamme labellisée Ecocert ; la marque annonce aujourd’hui 92 % de produits éco-certifiés.
Le déménagement, annoncé puis accompli
Le 19 novembre 2024, le groupe Altaïr officialise la fermeture de deux sites costarmoricains : Saint-Brandan et Plaintel. Le fabricant emploie alors 59 salariés. La logistique devait quitter Plaintel en mars 2025, la production suivre en septembre, direction Noyelles-lès-Seclin, dans le Nord, où le groupe fabrique déjà Starwax.
Trois éléments méritent d’être relevés. D’abord, la fermeture n’est pas motivée par des difficultés : l’activité est en pleine croissance, et c’est même pour augmenter les volumes que le groupe déménage. Le motif avancé est l’état du site — « la vétusté et l’ergonomie des installations présentent des risques pour les salariés, pour le voisinage et pour l’environnement », explique le directeur de l’usine. Ensuite, les élus n’avaient pas été prévenus : ni la commune ni l’agglomération, selon le maire de Saint-Brandan, qui rappelle que l’entreprise faisait vivre des fournisseurs locaux dans le transport, le plastique et le cartonnage. Enfin, tout ne part pas : le groupe annonce conserver une équipe de recherche et développement à Saint-Brieuc, ainsi que ses bureaux de Saint-Malo et de Rennes. C’est ce qui maintient la conception à 3.
Le transfert a eu lieu. En janvier 2026, la presse professionnelle décrit une production de Briochin et de Starwax désormais concentrée à Noyelles-lès-Seclin, une capacité portée de 10 000 à 20 000 tonnes et un site passé à plus de 200 salariés.
Il faut nommer les choses correctement. Ce n’est pas une délocalisation : la production reste en France, et notre critère Fabrication n’en est pas affecté. Mais c’est une perte pour un territoire, et un décalage désormais installé entre le nom de la marque et le lieu où elle fabrique. Une entreprise peut être française et fermer une usine française ; les deux faits coexistent, et nous les rapportons tous les deux.
À qui appartient Briochin, exactement
Depuis septembre 2021, la marque appartient au groupe Altaïr. C’est une entreprise française, et sur ce rayon la précision compte — deux mois plus tôt, Maison Verte rejoignait l’allemand Henkel avec le rachat de sa maison mère, Swania. Deux rachats la même année, deux issues opposées pour le capital.
Mais il faut aller au bout de la description. Eurazeo accompagne Altaïr depuis février 2021 et s’en présente comme l’actionnaire de référence ; c’est avec son appui que le rachat de Briochin a été conduit. Au registre, la chaîne est entièrement française : les sociétés Briochin, domiciliées à Saint-Malo, sont présidées par la holding BIDWAX, installée à Wasquehal, dont le conseil de surveillance est présidé par un dirigeant d’Eurazeo Mid Cap.
Le propriétaire de Briochin n’est donc pas un groupe familial breton : c’est un ensemble de 9 marques — Starwax, Marcel’s Green Soap, K.pro, Sinto, Oro, Tenn, Harris, Mistol —, présent dans 45 pays, avec 6 filiales en Pologne, Belgique, Pays-Bas et Espagne et 3 sites de production pour le tout. Son président, Étienne Sacilotto, annonçait début 2026 200 millions d’euros de chiffre d’affaires et 500 salariés, dont 60 % en France. Français, oui ; local, non.
Ce qui limite le badge
Comme pour l’ensemble du rayon, la réserve porte sur les matières premières. La marque parle d’« ingrédients d’origine naturelle », mais ne dit pas d’où ils viennent. Son tableau d’indicateurs socio-environnementaux mesure beaucoup de choses — part de plastique recyclé, part de fournisseurs signataires d’une charte d’achats responsables — et rien sur la provenance des huiles, de la potasse ou des tensioactifs. En l’absence de cette information, la note reste basse, et c’est elle qui commande le badge.
Un mot enfin sur le discours de marque. Les « recettes d’antan » et la « droguerie traditionnelle française » mises en avant sur les emballages sont un positionnement commercial — assumé comme tel, puisque la marque elle-même parle de « savoir-faire de l’artisan droguiste à la française ». Il peut être sincère ; il n’est pas vérifiable, et il ne dit rien de l’origine des ingrédients.
Face à qui
Le reste du rayon suit une logique simple : Le Chat, lancée en 1853 par une savonnerie marseillaise, est chez Henkel depuis 1986 ; Rainett appartient à l’allemand Werner & Mertz ; Ariel à l’américain Procter & Gamble et Skip au britannique Unilever.
Face à ces marques, l’argument de Briochin est double et il faut le prendre tel quel : un capital resté français et une production française — mais plus en Bretagne, et sous l’influence d’un fonds. C’est ce qui rend cette fiche utile malgré ses réserves : sur ce rayon, une marque française encore détenue en France est devenue l’exception. Ce que le lecteur achète, c’est un produit conçu à Saint-Brieuc et fabriqué dans le Nord, par un groupe français, avec des ingrédients dont personne ne dit d’où ils viennent.
Infos sur la marque
- ✓La marque est née à Saint-Brieuc, et la date est précise. En 1913, Raoul Renaud, marchand cirier, crée son premier savon pour les mains et le présente à la foire d'exposition de Brest, où il remporte le premier prix. Il crée la marque « Le Briochin » en 1919, en l'honneur de sa ville d'origine. Source : Notre histoire — « 1913 : Raoul Renaud, marchand cirier de Saint-Brieuc crée son 1er savon pour les mains et le présente à la foire d'exposition de Brest. Il remporte le 1er prix ! » ; « 1919 : Raoul Renaud décide de créer sa marque, et la nomme « Le Briochin », en l'honneur de sa ville d'origine » — Le Briochin
- ✓Le dépôt de la marque date du 8 janvier 1919, et la gamme n'a été ouverte aux particuliers qu'en 1995, après des décennies réservées aux professionnels. C'est ce qui explique qu'une marque centenaire soit devenue familière au grand public assez récemment — et qu'elle compte aujourd'hui une soixantaine de produits, exportés jusqu'en Chine, au Japon et en Corée. Source : France 3 Bretagne — « C'est en effet le 8 janvier 1919 que Raoul Renaud, marchant cirier à Saint-Brieuc, dépose la marque Le Briochin » ; « en 1995, l'entreprise décide de s'ouvrir aux particuliers » ; « L'entreprise ne commercialise pas moins d'une soixantaine de produits différents, et exporte vers la Chine, le Japon ou la Corée » — France 3 Bretagne, 22 novembre 2024
- ✓La marque grandit vite, et les chiffres sont publics : son chiffre d'affaires devait atteindre 45 millions d'euros en 2024, contre 23 millions en 2018 — près du double en six ans. Elle occupe la 6ᵉ place des nettoyants ménagers les plus vendus en France, avec 4,5 % de parts de marché, et 80 % de sa gamme est labellisée Ecocert. Source : France 3 Bretagne — « En 2024, son chiffre d'affaires devrait atteindre 45 millions d'euros, quand la même activité générait 23 millions de chiffres d'affaires en 2018 » ; « Briochin occupe la 6ᵉ place dans le classement des nettoyants ménagers les plus vendus en France avec 4,5 % de parts de marché » ; « 80% de la gamme est labellisée Ecocert » — France 3 Bretagne, 22 novembre 2024
- ✓La part éco-certifiée revendiquée a encore progressé. La page Transparence de la marque annonce désormais que 92 % de ses produits sont éco-certifiés Ecocert, contre 80 % de la gamme selon France 3 fin 2024. Le chiffre vient de la marque elle-même et n'a pas été recoupé par un tiers. Source : La Transparence — « les exigences réglementaires et de la certification Ecocert (92% de nos produits sont éco-certifiés) » — Le Briochin
- ✓Le transfert est achevé, et la production est restée en France. Briochin est désormais fabriqué à Noyelles-lès-Seclin, dans le Nord, sur le site qui produisait déjà Starwax. Selon Mag' in France, la capacité de production y est passée de 10 000 à 20 000 tonnes et le site compte désormais plus de 200 salariés, après une cinquantaine d'embauches. Ce n'est pas une délocalisation : c'est un changement de région, et la note de fabrication n'en est pas affectée. Source : Mag' in France, « Briochin rejoint Starwax sur le site du Groupe Altaïr » — « C'est désormais sur le site haute-performance de Noyelles-lès-Seclin dans les Hauts-de-France que la production de Briochin et Starwax est concentrée » ; capacité portée de 10 000 à 20 000 tonnes ; une cinquantaine d'embauches portant le site à plus de 200 salariés — Mag' in France, 23 janvier 2026
- ✓La conception reste en Bretagne. À l'annonce du transfert, le groupe a indiqué conserver une équipe de recherche et développement à Saint-Brieuc, ainsi que ses bureaux de Saint-Malo et de Rennes. Au registre, les sociétés Briochin ont toujours leur siège au 16, rue des Rougeries, à Saint-Malo. Source : France 3 Bretagne — « Le groupe annonce vouloir conserver une équipe de recherche développement à Saint-Brieuc, ainsi que ses bureaux de Saint-Malo et Rennes » — France 3 Bretagne, 22 novembre 2024
- ⚠Ce sont deux sites bretons qui ont fermé, pas un. Le groupe Altaïr a officialisé le 19 novembre 2024 la fermeture des sites costarmoricains de Saint-Brandan et de Plaintel. Le fabricant employait 59 salariés. Calendrier annoncé : la logistique quittait Plaintel en mars 2025, la production suivait en septembre 2025. Source : France 3 Bretagne — « Le groupe Altaïr […] a annoncé le transfert des activités de production dans le Nord et la fermeture, en conséquence, des sites costarmoricains de Saint-Brandan et de Plaintel » ; « Le fabricant de produits ménagers emploie 59 salariés » ; « En mars 2025, la logistique devrait donc fermer à Plaintel. La production suivra en septembre » — France 3 Bretagne, 22 novembre 2024
- ⚠La fermeture n'est pas motivée par des difficultés, mais par la vétusté — et elle a surpris les élus. Le directeur de l'usine invoque « la vétusté et l'ergonomie des installations », qui « présentent des risques pour les salariés, pour le voisinage et pour l'environnement ». Le maire de Saint-Brandan, Christian Jolly, indique que ni la commune ni l'agglomération n'avaient été averties, et parle d'« une grosse perte pour le tissu local » : la marque travaillait avec des fournisseurs locaux du transport, du plastique et du cartonnage. Source : France 3 Bretagne — « La vétusté et l'ergonomie des installations présentent des risques pour les salariés, pour le voisinage et pour l'environnement » ; « Ni la commune ni les services de l'agglomération n'étaient avertis de cette dramatique fermeture pour le territoire » ; « C'est une grosse perte pour le tissu local » — France 3 Bretagne, 22 novembre 2024
- ⚠Le capital est français, mais c'est un fonds d'investissement qui en est l'actionnaire de référence. Eurazeo, société d'investissement française, accompagne Altaïr depuis février 2021 au titre de sa stratégie de rachats de PME et ETI, gérée par Eurazeo Mid Cap ; c'est avec son soutien qu'Altaïr a racheté le groupe Briochin en septembre 2021. Eurazeo se dit « major shareholder » ; Altaïr parle d'actionnaire majoritaire. Altaïr reste une entreprise française — la nuance avec Maison Verte, passée chez l'allemand Henkel, demeure entière — mais parler d'un « rachat familial » serait inexact. Source : Communiqué d'Eurazeo, « Eurazeo supporting Altaïr's development with the acquisition of the Briochin group » — « Eurazeo has been supporting the Altaïr group since February 2021 through its small-mid buyout strategy » ; « Eurazeo's small-mid buyout strategy is managed by Eurazeo Mid Cap » — Eurazeo, 16 septembre 2021
- ✓Au registre des entreprises, toute la chaîne juridique est française. Les sociétés Briochin Holding et Briochin Développement (siège : Saint-Malo) sont présidées par la société BIDWAX, SAS créée en janvier 2021 et domiciliée à Wasquehal (Nord), qui préside aussi Altaïr, Harris et Sinto. BIDWAX est présidée par Étienne Sacilotto ; son conseil de surveillance est présidé par Benjamin Hara, qu'Eurazeo présente comme membre du directoire d'Eurazeo Mid Cap. Le registre nomme les dirigeants, pas les actionnaires : il établit un contrôle exercé depuis la France, pas la répartition exacte du capital. Source : Recherche d'entreprises « bidwax » — BIDWAX (SIREN 892 841 495, SAS créée le 7 janvier 2021, 16 rue Harald Stammbach, 59290 Wasquehal) : président Étienne Sacilotto, président du conseil de surveillance Benjamin Hara ; présidente, en tant que personne morale, d'ALTAIR (SIREN 818 381 857), BRIOCHIN HOLDING (SIREN 901 469 908) et BRIOCHIN DEVELOPPEMENT (SIREN 824 339 931), toutes deux au 16 rue des Rougeries, 35400 Saint-Malo, de HARRIS et de SINTO — État, annuaire des entreprises
- ⚠Le groupe propriétaire est européen et multi-sites, pas une PME bretonne : 9 marques — Starwax, Briochin, Marcel's Green Soap, K.pro, Sinto, Oro, Tenn, Harris, Mistol —, une présence dans 45 pays, 6 filiales en Pologne, Belgique, Pays-Bas et Espagne, et 3 sites de production pour l'ensemble. Le périmètre industriel ne se confond donc pas avec celui de la marque. Source : Groupe Altaïr, Le groupe — « 9 marques d'excellence » ; « Déjà présent dans 45 pays, le groupe Altaïr poursuit son développement à l'international en tissant un réseau de filiales en Pologne, Belgique, Pays-bas et Espagne » ; « 6 filiales et 3 usines » — Groupe Altaïr
- ⚠L'origine géographique des matières premières n'est pas publiée. La page Transparence parle d'« ingrédients d'origine naturelle » sans dire d'où ils viennent. Le tableau d'indicateurs socio-environnementaux du groupe mesure la part de fournisseurs signataires d'une charte d'achats responsables (69 %) et la part de plastique recyclé dans les emballages (60 % visés en 2025), mais aucun indicateur ne porte sur la provenance des ingrédients. Faute de cette information, la note de matières premières reste à 1 — et c'est elle qui commande le badge. Source : Briochin & Co, Indicateurs de suivi de la performance socio-environnementale 2022-2025 — fournisseurs signataires de la charte d'achats responsables : 69 % ; plastique recyclé : 60 % ; aucun indicateur sur l'origine géographique des matières premières (document lié depuis la page Engagements, dont la page Transparence ne donne pas non plus la provenance) — Groupe Altaïr
Pourquoi choisir Briochin ?
Un capital resté en France
Contrairement à Le Chat, Maison Verte ou Rainett, détenues par des groupes allemands, la marque appartient toujours à un groupe français — même si son actionnaire de référence est un fonds d'investissement.
Une production qui est restée française
Le transfert industriel, désormais achevé, a déplacé l'usine d'une région à une autre, pas d'un pays à un autre : Briochin est fabriqué à Noyelles-lès-Seclin, dans le Nord.
Une croissance réelle et chiffrée
45 millions d'euros de chiffre d'affaires attendus en 2024 contre 23 millions en 2018, et la 6ᵉ place du marché des nettoyants ménagers.
Une gamme large et éco-certifiée
Une soixantaine de produits couvrant tout le rayon droguerie, dont 80 % labellisés Ecocert fin 2024 — 92 % éco-certifiés selon la marque aujourd'hui.
Sources
- •Zepros Habitat, « Altaïr (Briochin, Starwax) double son CA en sept ans et investit » — Étienne Sacilotto : « Nous réalisons 200 M€ de chiffre d'affaires, soit deux fois plus qu'en 2018 » ; 500 salariés, dont 60 % en France — Zepros Habitat, 5 février 2026
- •La Revue des marques, « Le Chat, toujours aux aguets depuis 160 ans » — lancement en 1853 par la compagnie marseillaise Ferrier ; « en 1986 : le groupe allemand Henkel rachète l'UGS, la marque Le Chat et l'usine Sainte-Marthe à Marseille » — La Revue des marques, Jean Watin-Augouard
- •Henkel acquires Swania SAS in France — rachat de Swania (Maison Verte, YOU, Baranne, O'Cedar), Maison Verte représentant plus de 60 % des ventes — Henkel, 23 juillet 2021
- •Rainett, notre histoire — « Rainett, une marque de Werner & Mertz », entreprise fondée à Mayence en 1867 — Werner & Mertz