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La Corvette

Ancrage français completCapitaux français · Conception française · Production française · Ressources mondiales tracées
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À propos de La Corvette

Le rayon lessive est celui où la nationalité affichée trompe le plus. Presque toutes les marques à consonance française y appartiennent à des groupes allemands ou italiens. La Corvette fait exception, et pour une raison simple : la marque n’a jamais été séparée de son usine.

Une savonnerie, pas une marque

La Corvette n’est pas une marque à laquelle on a associé un fabricant. C’est l’une des quatre marques créées par la Savonnerie du Midi à sa fondation, en 1894 — avec « L’Aigle Blanc », « La Branche d’Olivier » et « Aubépine ». Elle est la seule à avoir traversé le siècle, reconnaissable à son navire à voiles du XVIIIᵉ siècle.

Le nom lui-même raconte une histoire de matières premières : il rappelle les trois-mâts qui, au XIXᵉ siècle, approvisionnaient en huiles les savonneries du port de Marseille. Nous y reviendrons — c’est aussi la limite de la fiche.

Les installations ont été transférées après la Seconde Guerre mondiale sur le site des Aygalades, au fond du vallon des Carmes, dans le 15ᵉ arrondissement, où la direction de l’époque a fait construire cinq chaudrons. En 1971, la savonnerie comptait une vingtaine d’ouvriers et sortait 300 tonnes de savon par mois. Elle emploie toujours « une vingtaine de personnes » : l’ordre de grandeur n’a pas bougé en cinquante ans.

Qui possède la savonnerie

Depuis 2013, elle appartient à PRODEF — l’acronyme dit tout : « PROduits d’Entretien Français ». La marque date cette société de 1924 et l’attribue à Raoul Nordling ; le registre des entreprises, lui, la fait remonter à 1917. Sur l’essentiel, les deux concordent : PRODEF est une holding immatriculée au SIREN 562070714, dont le conseil réunit Jean Fiévet à la présidence, Guillaume Fiévet à la direction générale, et Antoine, Patrick et Anne-Sophie Fiévet comme administrateurs. Aucun fonds ni société étrangère n’y figure.

La savonnerie elle-même est exploitée par Compagnie du Midi (SIREN 037320595), dont « Savonnerie du Midi » est l’enseigne de l’établissement marseillais. Le siège social de cette société est au Broc, dans les Alpes-Maritimes — la fabrication, elle, n’a pas bougé de Marseille. Nous le précisons parce que c’est ce niveau de détail qui distingue un capital vérifié d’un capital déclaré : ici, les deux se rejoignent.

Une réserve que le registre ajoute et que le site de la marque ne pouvait pas donner : l’exercice 2024 se solde par une perte de 1 989 857 euros pour 12 492 769 euros de chiffre d’affaires. Cela ne déplace aucune note — le barème mesure l’origine, pas la santé financière — mais un lecteur qui installe durablement une marque dans ses achats mérite de le savoir.

Le fondateur mérite une parenthèse, parce qu’elle est vérifiable et peu banale : Raoul Nordling était aussi consul de Suède, et c’est lui qui, selon la page que la marque consacre à son groupe, convainquit en 1944 le gouverneur militaire allemand de Paris de ne pas détruire la capitale. L’épisode a donné Paris brûle-t-il ? puis Diplomatie. Le propriétaire d’une savonnerie marseillaise descend donc du négociateur de la Libération de Paris — une histoire que la marque raconte elle-même.

PRODEF exploite par ailleurs Hygiène & Nature, filiale basée à Dijon. C’est une PME, pas un groupe.

Ce que vaut l’ancrage, et ce qu’il ne couvre pas

Trois critères sur quatre sont au maximum, et sans ambiguïté : le capital est français et familial, la conception est marseillaise, la fabrication l’est aussi — au chaudron, sous la conduite d’un maître savonnier. La marque annonce par ailleurs le label Entreprise du Patrimoine Vivant, obtenu en 2020 pour « plus de 120 années d’histoire, de savoir-faire et d’excellence ». Nous ne l’avons pas confirmé contre la liste du ministère, et ce label court cinq ans : nous le rapportons donc comme une déclaration de la marque, pas comme un fait établi. Depuis 2018, après quatre ans de rénovation, le site est ouvert au public : musée, boutique d’usine, parcours de visite.

Le quatrième critère est celui qui commande le badge, et il faut le dire franchement. Un savon de Marseille est « composé à 72 % d’huile », et ces huiles sont végétales : olive, coprah, palmiste. Les deux dernières sont des cultures tropicales, sans équivalent européen. L’entreprise ne publie pas l’origine géographique de ses approvisionnements. En l’absence de cette information, nous ne pouvons pas affirmer une majorité européenne, et la note reste basse — le même traitement que celui appliqué aux marques textiles qui ne communiquent pas l’origine de leurs fils.

C’est une contrainte de filière plus qu’un choix d’entreprise, mais le barème mesure ce qui est vérifiable, pas ce qui est excusable.

Une mise en garde sur l’appellation elle-même

Le « savon de Marseille » n’est protégé par aucune indication géographique, et le fabricant le reconnaît sur son propre site : « de nombreuses copies sont réalisées de par le monde, de manière abusive, sans respect des méthodes traditionnelles et hors du bassin de production ».

Le mécanisme est décrit avec précision. Depuis les années 1980, l’importation de « pâte à savon » de différentes origines permet de sauter l’étape longue et coûteuse de la saponification : il ne reste qu’à façonner le produit fini. Beaucoup de « savonniers » ont ainsi cessé d’être savonniers. C’est de cette époque que date l’usurpation de la dénomination, et c’est pour y répondre que les fabricants traditionnels ont créé l’Union des Professionnels du Savon de Marseille.

Autrement dit : sur ce rayon, le nom du produit ne prouve rien, et le nom de la marque non plus. Seul le fabricant est vérifiable.

Face à qui

La comparaison la plus directe est celle de deux savonneries marseillaises. Le Chat est né lui aussi à Marseille ; la marque est passée au groupe allemand Henkel en 1985 selon la chronologie publiée par Henkel France, en 1986 selon La Revue des marques, qui précise que la reprise emportait l’Union générale de savonnerie et l’usine Sainte-Marthe, à Marseille. Deux origines identiques, deux trajectoires opposées : l’une a été vendue, l’autre a gardé son usine et son capital.

Le reste du rayon complète le tableau. Maison Verte, positionnée sur l’écologique et perçue comme française, a rejoint le même Henkel en 2021, avec la société Swania dont le groupe a annoncé le rachat le 23 juillet. Rainett appartient à l’allemand familial Werner & Mertz, établi à Mayence : c’est la marque Frosch, arrivée en France sous ce nom. Ariel est une marque de l’américain Procter & Gamble, et Skip une marque du britannique Unilever.

Ce que cette fiche apporte face à elles n’est pas une performance de lavage, que nous ne mesurons pas : c’est cent trente ans de fabrication au même endroit, sous un capital qui n’a jamais quitté la France.

Infos sur la marque

Pourquoi choisir La Corvette ?

Une fabrication qui n'a jamais quitté Marseille

Cent trente ans au même métier et dans la même ville, dont plus de soixante-quinze ans sur le site des Aygalades. Sur un rayon où presque toutes les marques historiques ont changé de mains et de pays, la continuité est ici l'argument principal.

Un capital familial vérifié au registre

Le registre des entreprises nomme Jean, Guillaume, Antoine, Patrick et Anne-Sophie Fiévet aux commandes de la holding PRODEF. Ni fonds étranger, ni société hors de France : c'est établi ailleurs que sur le site de la marque.

Un savoir-faire que la marque dit reconnu par l'État

La savonnerie annonce le label Entreprise du Patrimoine Vivant obtenu en 2020. Nous ne l'avons pas confirmé contre la liste du ministère, et le label court cinq ans.

Un site que l'on peut visiter

Depuis 2018, la savonnerie ouvre au public son musée du savon de Marseille, sa boutique d'usine et un parcours de visite. L'ancrage industriel se vérifie sur place.

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