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Murena

Le smartphone Android débarrassé de Google, conçu en Normandie

Ancrage français completCapitaux mixtes · Conception française · Production partiellement européenne · Ressources mondiales tracées
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À propos de Murena

L’histoire commence par un nom que les vétérans de l’informatique française reconnaîtront. Gaël Duval est le créateur de Mandrake Linux, la distribution qui, à la fin des années quatre-vingt-dix, a fait sortir Linux du cercle des initiés. Vingt ans plus tard, il s’attaque à un problème comparable sur mobile : Android est techniquement libre, mais l’expérience réelle d’un téléphone Android est verrouillée par les services Google. En 2018, il lance /e/OS.

La démarche va plus loin qu’un simple retrait d’applications. Les services Google ne sont pas désactivés, ils sont remplacés — par microG et par des services alternatifs : magasin d’applications, cartographie, synchronisation. L’éditeur indique que toutes les applications préinstallées sont libres, à l’exception de la cartographie Magic Earth. La compatibilité avec les applications Android est conservée, ce qui évite le mur auquel se heurtent la plupart des systèmes alternatifs.

Le montage juridique mérite qu’on s’y arrête, car il est rare et pensé. Le cœur open source appartient à une association loi 1901, e Foundation, enregistrée le 26 avril 2018 et domiciliée rue de Hauteville à Paris ; la commercialisation revient à Murena, société par actions simplifiée immatriculée le 22 août 2018 au 5 rue Charles Léandre, à Caen, sous un code d’activité d’éditeur de logiciels. Une troisième entité, Murena Retail, immatriculée à Paris en novembre 2020, tient la boutique en ligne ; Murena la préside. Conséquence concrète du premier étage : même rachetée, la société ne pourrait pas refermer le noyau du système.

Il faut ensuite dire clairement ce que Murena n’est pas : un fabricant de téléphones. La boutique vend du matériel conçu et produit par d’autres — le néerlandais Fairphone, l’allemand SHIFT, l’américain Teracube, l’allemand Volla, HIROH, et les modèles GS6 hérités de Gigaset. Aucun assemblage en France. Plus frappant encore, l’alternative proposée au Google Pixel est un Google Pixel : les Murena Pixel 7 et Pixel 8 sont des appareils Google reconditionnés sur lesquels le système est installé. Ce qui change, pour l’acheteur, est le système d’exploitation, pas le constructeur.

La note de fabrication tient compte des deux moitiés de l’activité. Le téléphone n’est pas produit en France, ce qui la plafonne à 1 quelle que soit la qualité des partenaires. Mais Murena n’est pas seulement un revendeur : le système est compilé, maintenu et supporté depuis Caen, et le service de cloud est exploité par les mêmes équipes. C’est ce qui la place à 1 plutôt qu’à 0. La note de conception, en revanche, reste haute parce qu’elle porte sur ce que Murena conçoit réellement et vend sous son nom — un système d’exploitation et un espace de travail en ligne, tous deux pensés en Normandie. Pénaliser une troisième fois le matériel tiers reviendrait à compter deux fois la même réserve.

Le socle technique, lui, n’est pas français et ne prétend pas l’être. /e/OS est un fork de LineageOS, lui-même dérivé de l’AOSP, le code Android publié par Google. Sans cette base, le système n’existe pas. C’est exactement ce que mesure la note de matières premières pour un produit numérique, et elle reste à 1.

L’hébergement raconte la même histoire mixte. Les mentions légales de la boutique nomment Hetzner Online GmbH, prestataire allemand ; celles de e.foundation nomment OVH. Murena ne publie en revanche le nom d’aucun hébergeur pour Murena Workspace, son service de cloud, et sa politique de confidentialité se borne à citer les logiciels employés — Nextcloud, OnlyOffice, Postfix. Pour un service vendu sur la promesse que les données restent chez soi, c’est une lacune de transparence, pas un détail.

Côté capitaux, l’ancrage est réel mais il n’est pas établi. Le registre ne fait apparaître que Gaël Duval à la tête de Murena, et aucune personne morale étrangère ; mais la répartition du capital n’est pas publiée, les bénéficiaires effectifs ne sont pas consultables, et l’entreprise a ouvert son capital en juin 2024 par une campagne d’actionnariat prévoyant explicitement une voie d’investissement pour les résidents des États-Unis, du Canada, de Chine, de Russie, de Turquie, du Japon et d’Australie. Le site de suivi de levées Polesocietes.com, seul à en publier le bilan le 9 août 2024, l’évalue à 787 000 euros auprès de 510 souscripteurs sur la plateforme Crowdcube, complétés de 343 000 euros hors plateforme pour 4,82 % du capital, et fait état d’une filiale américaine ; ces chiffres ne sont pas confirmés par l’entreprise. Les comptes déposés, tels que Pappers les restitue, montrent une société de taille modeste mais assainie : 4 890,92 euros de capital social, 2,84 millions d’euros de capitaux propres en 2024, et un résultat net revenu à 191 000 euros après une perte de 124 000 euros en 2023.

Reste l’argument le plus concret pour l’acheteur, et il ne passe pas par la boutique. La liste officielle comptait 287 modèles compatibles le 20 septembre 2026, anciens appareils inclus. Réinstaller /e/OS sur le téléphone qu’on possède déjà coûte moins cher qu’un appareil neuf et prolonge sa vie ; c’est aussi, sur les quatre critères du barème, le seul usage qui ne dépende d’aucune chaîne d’approvisionnement neuve. Gaël Duval déclarait en janvier 2026 à l’agence Caen Normandie Développement que les téléphones sous son système ont une durée de vie estimée à dix ans, contre 2,7 ans sous Android : une estimation d’entreprise, que nous rapportons sans pouvoir la vérifier.

Ce que l’on achète chez Murena, au fond, n’est pas un téléphone français. C’est un système d’exploitation français installé sur du matériel étranger, souvent reconditionné, par une équipe normande dont le capital n’est pas entièrement documenté. C’est peu au regard du barème, et beaucoup au regard de ce qu’offre le marché.

Infos sur la marque

Pourquoi choisir Murena ?

Sortir de l'écosystème sans changer d'habitudes

Contrairement à Apple et à Google, qui exigent un compte lié à leur écosystème dès l'allumage, /e/OS démarre sans en réclamer un, tout en conservant la compatibilité avec les applications Android.

Une gouvernance qui protège le code

Le noyau open source est détenu par une association loi 1901, e Foundation, et non par la société qui commercialise. Un rachat ou une disparition de Murena ne pourrait pas refermer le code.

Le matériel qu'on garde plus longtemps

Le système est porté sur 287 modèles, y compris anciens. La façon la plus sobre d'utiliser /e/OS n'est pas d'acheter un téléphone neuf, mais de le réinstaller sur celui qu'on possède déjà.