Clairefontaine
Niveau d'engagement local
Le badge correspond au critère le plus faible : aucune note ne peut en compenser une autre.
À propos de Clairefontaine
Il existe peu d’endroits en France où l’on peut suivre un produit du rouleau de papier jusqu’au cahier fini sans quitter le même site industriel. Étival-Clairefontaine, dans les Vosges, en est un.
Cinq siècles de papier au bord de la Meurthe
L’histoire ne commence pas avec l’entreprise. En 1512, le supérieur de l’abbaye d’Étival autorise la création d’un moulin à papier le long de la Valdange. Ce moulin produit du papier « à la forme » jusqu’au milieu du XIXe siècle, quand Jean-Baptiste Bichelberger, formé aux procédés continus, installe un peu plus loin sur les bords de la Meurthe une usine moderne. Les Papeteries de Clairefontaine sont fondées en 1858.
La géographie explique le reste. Les Vosges offrent l’eau, la pente et le bois ; la vallée devient l’un des grands bassins papetiers français. Le site s’étend aujourd’hui sur 40 hectares. Deux machines à papier de 3,40 mètres de large y tournent, l’une atteignant 1 000 mètres par minute, pour une capacité de 165 000 tonnes de papier par an, certifié FSC ou PEFC.
L’intégration, un avantage qui se mesure
C’est le point qui distingue Clairefontaine de la plupart de ses concurrents, et il vaut d’être expliqué. Un fabricant de cahiers, en général, achète du papier et l’assemble : il imprime la réglure, coud ou agrafe, pose une couverture. Son ancrage industriel se limite à cette dernière étape.
Étival fabrique le papier, puis le transforme sur place en cahiers, en copies et en enveloppes. Le célèbre vélin 90 g/m², qui a fait la réputation de la marque, sort de la même usine que le cahier qui le contient. Sur notre barème, l’écart entre ces deux situations vaut deux points de fabrication : c’est la différence entre un assemblage final et une véritable filière.
Le groupe a par ailleurs engagé un plan d’investissement de 37 millions d’euros pour se doter d’une chaudière biomasse de 20 MW, capable de produire 25 tonnes de vapeur par heure et de couvrir la moitié des besoins du site tout en réduisant sa consommation de gaz de 45 %. Annoncée pour « début 2025 », elle n’a finalement été inaugurée que le 22 mai 2026 — un an de retard qui ne remet pas en cause l’investissement, mais qu’il serait malhonnête de taire.
Un capital qui n’a jamais changé de main
La marque appartient au groupe Exacompta Clairefontaine, coté à Euronext Paris mais contrôlé à 80,5 % par l’actionnariat familial, principalement via les Établissements Charles Nusse. Le chiffre d’affaires consolidé s’établit à 831 millions d’euros en 2024.
La continuité familiale est ininterrompue depuis 1858, de Jean-Baptiste Bichelberger à ses descendants Nusse, qui dirigent encore les deux départements papier et transformation. Le groupe rassemble une cinquantaine de sociétés et des marques que l’on identifie rarement comme sœurs : Rhodia, Exacompta, Quo Vadis, Calligraphe, Pollen, G. Lalo.
Ce qui empêche la note maximale
Deux réserves, dont une décisive.
La première tient à la matière première, et elle est structurelle. Clairefontaine fabrique son papier mais ne produit pas sa pâte : elle l’achète sur le marché mondial, où l’eucalyptus sud-américain et le résineux scandinave tiennent le haut du pavé. L’approvisionnement est certifié FSC ou PEFC, l’entreprise possède elle-même près de 300 hectares de forêts PEFC dans le massif vosgien, et la fibre utilisée en Europe est très majoritairement européenne. Mais la part exacte n’est pas publiée, et une certification forestière garantit un mode de gestion, pas une origine géographique. La note s’arrête donc à 2 sur ce critère, et c’est elle qui commande le badge.
Il faut préciser que cette réserve ne décrit pas un choix de l’entreprise. Les deux usines de Fibre Excellence, à Saint-Gaudens et Tarascon, étaient les dernières à produire de la pâte à papier marchande en France ; elles sont à l’arrêt depuis avril 2026, la seconde a été liquidée fin juillet et le sort de la première se joue devant le tribunal de commerce de Toulouse. Aucun papetier français ne peut aujourd’hui s’approvisionner en pâte française. Notre article Matières premières : l’angle mort du fabriqué en France détaille ce dossier.
La seconde tient au périmètre du groupe, qui n’est pas exclusivement français : Schut Papier aux Pays-Bas, Falken en Allemagne, Biella en Suisse, une filiale à Bouskoura au Maroc. La note portée ici concerne la marque Clairefontaine et ses sites français ; elle ne vaut pas certificat pour l’ensemble des marques du groupe.
Face à Moleskine
Le carnet italien à couverture noire et élastique, dont la marque a été créée à Milan par l’éditeur Modo&Modo en 1997, s’est imposé comme la référence mondiale du calepin haut de gamme. Il appartient depuis 2016 au groupe belge D’Ieteren, et ses carnets sont fabriqués en Chine depuis l’origine.
Face à lui, Clairefontaine et sa marque sœur Rhodia proposent des carnets, blocs et cahiers cousus, dont le papier est fabriqué dans les Vosges et la transformation réalisée en France. Le positionnement diffère — Moleskine vend un objet de marque, Clairefontaine vend d’abord un papier — mais l’usage est le même, et l’écart de prix joue plutôt en faveur du français.
Infos sur la marque
- ✓La production a démarré en 1858 à Étival-Clairefontaine, dans les Vosges, sur les bords de la Meurthe — une vallée où les premiers moulins à papier sont attestés dès le XVIe siècle. L'entreprise ajoute la fabrication d'enveloppes en 1880, puis celle des cahiers. Source : Historique & Patrimoine — production démarrée en 1858 à Étival-Clairefontaine, enveloppes à partir de 1880 puis cahiers — Clairefontaine
- ✓Filière intégrée rare en Europe : les trois activités — papier, enveloppes et cahiers — sont toujours réunies sur le même site. L'usine dispose de deux machines à papier de 3,40 m de large, dont l'une atteint 1 000 mètres par minute, soit 60 km et 15 tonnes de papier à l'heure, pour 165 000 tonnes par an. Source : Historique & Patrimoine — deux machines à papier de 3,40 m, 1 000 m/minute, 60 km et 15 tonnes par heure, 165 000 tonnes par an — Clairefontaine
- ✓Le groupe Exacompta Clairefontaine, coté sur Euronext Growth, est contrôlé à 80,5 % par l'actionnariat familial, principalement via les Établissements Charles Nusse. Chiffre d'affaires consolidé de 831 millions d'euros en 2024, en repli de 1,4 %. Source : Exacompta Clairefontaine — arrêté des comptes 2024 : 831 M€ de chiffre d'affaires (−1,4 %), contrôle familial à 80,5 % via les Établissements Charles Nusse — Exacompta Clairefontaine, communiqué financier
- ✓Un plan d'investissement de 37 millions d'euros a été engagé pour moderniser le site d'Étival, dont une chaudière biomasse de 20 MW, capable de traiter 60 000 tonnes de bois par an et de produire 25 tonnes de vapeur par heure — de quoi couvrir la moitié des besoins en vapeur du site et réduire sa consommation de gaz de 45 %. Source : À propos — plan d'investissement de 37 millions d'euros, chaudière biomasse de 20 MW, 25 tonnes de vapeur/heure, 60 000 tonnes de biomasse par an, -45 % de gaz, 50 % des besoins en vapeur couverts — Clairefontaine
- ✓La chaudière a été inaugurée le 22 mai 2026 — avec près d'un an de retard sur le calendrier annoncé (« début 2025 ») —, permettant d'éviter environ 35 000 tonnes de CO2 par an grâce à 65 000 tonnes de bois local et renouvelable. Source : Papeteries de Clairefontaine : une chaufferie biomasse pour réduire les énergies fossiles — inauguration le 22 mai 2026, -45 % d'énergies fossiles, 35 000 t de CO2 évitées, 65 000 t de bois par an — Saint Dié Info, juin 2026
- ✓100 % des pâtes utilisées proviennent de forêts certifiées pour leur gestion environnementale. La filiale Everbal ne fabrique par ailleurs que des papiers recyclés, sans désencrage ni blanchiment, avec un rendement de 106 kg de vieux papiers pour 100 kg de papier produit. Source : Pâtes et forêts — « Clairefontaine n'utilise que des pâtes à papier provenant à 100 % de forêts certifiées » ; rendement d'Everbal de 106 kg pour 100 kg — Clairefontaine
- ✓L'entreprise possède et entretient près de 300 hectares de forêt certifiée PEFC dans les Vosges, en complément de son approvisionnement mondial en pâte. Source : À propos — l'entreprise possède et entretient près de 300 hectares de forêt certifiée PEFC dans les Vosges — Clairefontaine
- ✓Le site industriel d'Étival, où travaillent 664 salariés, s'étend sur 40 hectares. Source : Les cahiers Clairefontaine, fabriqués dans les Vosges — site de 40 hectares, 664 salariés — Journal du Net
- ⚠L'entreprise fabrique son papier mais ne produit pas sa pâte. Elle l'écrit elle-même : « les Papeteries Clairefontaine ne produisent pas leurs pâtes à papier mais s'approvisionnent sur le marché mondial » — fibres longues de résineux scandinaves, fibres courtes d'eucalyptus brésilien. C'est la limite structurelle de la papeterie française, et elle s'est aggravée avec l'arrêt des dernières capacités françaises de pâte. Source : Pâtes et forêts — « les Papeteries Clairefontaine ne produisent pas leurs pâtes à papiers mais s'approvisionnent sur le marché mondial » — Clairefontaine
- ⚠Le périmètre du groupe n'est pas exclusivement français. Exacompta Clairefontaine détient des filiales aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suisse et au Maroc. La note porte sur la marque Clairefontaine et son site vosgien, pas sur l'ensemble du groupe. Source : Exacompta Clairefontaine — périmètre du groupe et filiales étrangères — Pappers, d'après les données INSEE et BODACC
Pourquoi choisir Clairefontaine ?
Du bois au cahier sur un seul site
La plupart des papetiers achètent leur papier et se contentent de le transformer. Étival fabrique le papier, puis en fait des cahiers et des enveloppes dans le même périmètre industriel.
Une industrie lourde encore en France
165 000 tonnes de capacité annuelle, 40 hectares, deux machines à papier de 3,40 mètres : c'est un outil de production de premier plan, pas un atelier de démonstration.
Un capital familial depuis six générations
La famille Nusse contrôle 80,5 % du groupe. Cotée en bourse, l'entreprise n'a jamais changé de main, et sa direction reste assurée par les descendants du fondateur.
Décarbonation financée et mise en service
La chaudière biomasse d'Étival, 37 millions d'euros, fonctionne depuis son inauguration en mai 2026 et couvre la moitié des besoins de vapeur du site. C'est un investissement réalisé, pas un engagement annoncé.
Sources
- •Notre histoire — en 1512, le supérieur de l'abbaye d'Étival autorise la création d'un moulin à papier le long de la Valdange — Clairefontaine (Papeteries de Clairefontaine)
- •Moleskine (marque) — la marque est créée en 1997 — Wikipédia
- •D'Ieteren s'offre les carnets Moleskine — acquisition d'une participation de 41 % annoncée le 22 septembre 2016 — Zonebourse
- •Fibre Excellence : Saint-Gaudens en sursis, Tarascon liquidée — cessation des paiements le 15 avril 2026, redressement judiciaire le 27 avril 2026, liquidation de Tarascon fin juillet 2026 devant le tribunal de commerce de Toulouse — Procédure Collective