Existe-t-il encore des panneaux solaires fabriqués en France ?
La France a raccordé 5,9 GW de photovoltaïque en 2025, un record absolu, et perdu trois usines de panneaux en dix-huit mois. Enquête sur une filière qui s'éteint pendant que son marché explose, et sur les deux fabricants qui tiennent encore.
Introduction : une filière qui meurt pendant que son marché explose
Il y a des chiffres qui ne devraient pas coexister.
En 2025, la France a raccordé 5,9 GW de puissance photovoltaïque, un record absolu — 25 % de plus que les 4,7 GW de 2024. Au 31 mars 2026, le parc national atteignait 33,0 GW, dont 32,1 GW en métropole. Sur l’année, le solaire a produit 32,9 TWh, soit environ 9,5 % de la production électrique française, en hausse de 24 %.
Un détail de cette croissance mérite d’être signalé d’emblée, car il concerne directement le lecteur de cet article : le résidentiel, lui, recule. Les installations de moins de 36 kW n’ont représenté que 929 MW en 2025, contre 1 080 MW en 2024. L’essentiel du record vient du segment 100-500 kWc — entreprises, agriculteurs et collectivités —, qui pèse 65 % du volume. Le particulier n’est donc pas le moteur de cette accélération.
Pour situer la trajectoire : la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie fixe un objectif de 48 GW de photovoltaïque en 2030, puis 55 à 80 GW en 2035 — avec, pour la première fois, une clause de revoyure en 2027.
Pendant ces mêmes années, les usines françaises de fabrication de panneaux ont fermé les unes après les autres. Trois sites ont disparu entre avril 2024 et janvier 2025.
Ce n’est pas un ralentissement conjoncturel, c’est une extinction — et elle s’est produite au moment précis où la demande n’avait jamais été aussi forte. Chaque panneau installé sur un toit français pendant cette période a très majoritairement été fabriqué ailleurs.
Cet article documente cette disparition, en explique les causes, et répond à la question que se pose légitimement toute personne s’apprêtant à engager dix à quinze mille euros : peut-on encore acheter un panneau solaire fabriqué en France ?
La réponse est oui. Elle tient à deux entreprises, et elle mérite d’être nuancée bien davantage qu’un logo tricolore ne le laisse entendre.
1. Trois fermetures en dix-huit mois
Systovi, avril 2024
Installée à Carquefou, dans la périphérie nantaise, Systovi avait été créée en 2008. L’entreprise employait quatre-vingt-sept personnes et s’était fait un nom sur les panneaux hybrides, produisant à la fois électricité et chaleur.
Placée en liquidation judiciaire, elle a cessé son activité sans qu’aucune offre de reprise ne se manifeste. Dans sa communication de fermeture, elle a désigné une cause précise : « l’accélération soudaine du dumping chinois depuis l’été 2023 ». Ce n’est pas une formule de circonstance, c’est un diagnostic que les données de marché confirment.
Recom-Sillia, avril 2024
L’usine de Lannion, en Bretagne, exploitée par Recom-Sillia, n’a pas tenu davantage. En redressement depuis décembre 2023, elle est placée en liquidation judiciaire le 12 avril 2024 par le tribunal de commerce de Saint-Brieuc — cinq jours avant l’annonce de Systovi. Trente-deux salariés reçoivent leur lettre de licenciement économique. Le site, opérationnel depuis 1965, avait appartenu successivement à Sagem-Safran, à Bosch puis à Sillia, et avait reçu une trentaine de millions d’euros d’investissements depuis sa reprise par l’italien Recom en 2017, pour une capacité maximale de 500 MW.
Deux usines en cinq jours : la presse spécialisée n’a rendu compte du cas breton qu’en mai, ce qui a longtemps donné à croire que les deux fermetures étaient espacées d’un mois. Elles ne l’étaient pas.
Le détail qui suit est le plus révélateur de la séquence : la maison mère, Recom Technologies, a annoncé que la production de modules serait relocalisée de la France vers son usine de Padoue, en Italie. Il ne s’agissait donc même pas d’un départ vers l’Asie, mais d’un arbitrage intra-européen que la France a perdu.
Photowatt, janvier 2025
Le vendredi 24 janvier 2025, EDF Renouvelables confirme la fermeture de Photowatt, à Bourgoin-Jallieu, en Isère. Cent soixante-deux salariés sont concernés, entre licenciements économiques et reclassements au sein du groupe EDF.
C’est de loin la fermeture la plus lourde de conséquences. Elle mérite qu’on s’y arrête.
2. Photowatt, ou la fin de quarante-six ans d’histoire industrielle
Photowatt n’était pas une usine parmi d’autres. Créée en 1979, elle comptait parmi les plus anciennes entreprises photovoltaïques au monde encore en activité — antérieure à la quasi-totalité des géants chinois d’aujourd’hui, dont beaucoup n’existaient pas quand elle produisait déjà.
Installée à Bourgoin-Jallieu en 1990 pour y agrandir ses unités de recherche et de production, elle a figuré parmi les trois premiers mondiaux sur les technologies monocristalline et multicristalline. En 2001, elle s’équipe d’une ligne d’assemblage de panneaux complets.
Surtout, Photowatt maîtrisait l’amont de la chaîne. Elle ne se contentait pas d’assembler des cellules achetées ailleurs : elle produisait des composants de cellules, des lingots et des plaquettes de silicium. C’était le seul acteur français à disposer de cette profondeur industrielle.
Le déclin s’est étalé sur une décennie. Placée en redressement judiciaire, l’entreprise avait été reprise en 2012 par EDF Renouvelables, dans une opération qui tenait autant du sauvetage industriel que du geste politique. La perfusion a duré treize ans, au prix de pertes annuelles comprises entre 20 et 30 millions d’euros. Plusieurs tentatives de reprise ont échoué, dont celle portée par la start-up lyonnaise Carbon — nous y reviendrons.
Ce qu’il faut retenir de cette fermeture : avec Photowatt, la France n’a pas seulement perdu 162 emplois et une usine. Elle a perdu le seul maillon amont de sa chaîne photovoltaïque. Depuis janvier 2025, plus aucune cellule, plus aucun wafer, plus aucun lingot de silicium n’est produit sur le territoire national.
Cette phrase commande tout le reste de l’article, et notamment la notation des fabricants qui subsistent.
3. Pourquoi : l’écrasement chinois, en chiffres
Il serait confortable d’attribuer ces fermetures à une mauvaise gestion ou à un défaut d’innovation. Les données racontent autre chose : une asymétrie industrielle d’une ampleur telle qu’aucune décision d’entreprise ne pouvait la compenser.
Une domination sur toute la chaîne
La Chine ne domine pas seulement l’assemblage final, l’étape la plus visible. Elle contrôle chacun des quatre maillons :
- Polysilicium : la Chine hébergeait 79 % de la capacité mondiale en 2021, dernier chiffre publié par l’Agence internationale de l’énergie, qui anticipait alors une progression vers 95 %.
- Plaquettes et cellules : selon les données de l’AIE publiées en 2025, la Chine a produit environ 92 % des cellules photovoltaïques mondiales en 2023.
- Modules assemblés : selon Wood Mackenzie, elle conservera plus de 80 % des capacités mondiales sur les quatre maillons pour les trois prochaines années.
Un basculement récent en dit long sur cette domination : depuis octobre 2025, la Chine exporte davantage de cellules et de plaquettes que de panneaux assemblés. En mars 2026, 36 GW de cellules et wafers contre 32 GW de modules finis. Autrement dit, elle ne se contente plus de vendre le produit fini : elle fournit aussi la matière première aux assembleurs du reste du monde — dont les français.
Un écart de prix que rien ne rattrape
La conséquence est mécanique : les usines asiatiques produisent des panneaux 30 à 35 % moins cher que ceux assemblés en France. Cet écart ne tient pas seulement au coût du travail, souvent invoqué à tort comme explication unique. Il tient à l’échelle — une gigafactory chinoise produit à elle seule davantage que l’ensemble du parc industriel européen —, à l’intégration verticale, à l’accès au polysilicium bon marché, et à des politiques industrielles menées avec constance pendant vingt ans.
Une hémorragie européenne, pas seulement française
La France n’a pas été visée en particulier. À l’échelle du continent, l’Europe a perdu 3,07 GW de capacité de production de modules en quelques mois, par faillite ou arrêt de production. Le cas de Recom-Sillia, relocalisant de Lannion vers Padoue, rappelle d’ailleurs que la concurrence s’exerce aussi entre pays européens, à l’intérieur d’un marché qui se contracte.
4. Ce qu’il reste : deux fabricants, deux modèles
Voltec Solar, le dernier vrai fabricant
Installée à Dinsheim-sur-Bruche, dans le Bas-Rhin, à une trentaine de kilomètres de Strasbourg, Voltec Solar, immatriculée en décembre 2009, y produit des panneaux depuis 2010. C’est aujourd’hui le principal fabricant encore en activité sur le territoire. La société emploie entre cent et deux cents personnes, pour un capital social de 5,2 millions d’euros.
Sa gouvernance a changé en deux temps au cours de l’année 2025, et le détail est révélateur. Pierre Cantrelle, président depuis octobre 2021, quitte la présidence le 24 mars 2025. Depuis le 26 septembre 2025, la fonction n’est plus exercée par une personne mais par une société — Strub, le groupe alsacien auquel Voltec est adossé. La direction générale est assurée par Lucas Weiss, en poste depuis septembre 2021, et par Marie-Elisabeth Lanoux.
Un élément la distingue concrètement, au-delà du discours. Le taux réduit de TVA à 5,5 % est conditionné à une empreinte carbone inférieure à 530 kgCO₂eq/kWc, attestée par l’organisme certificateur Certisolis. Voltec Solar a été le premier fabricant à l’obtenir, avec cinq modules éligibles de la gamme Tarka, plus un bifacial pour ombrières et un modèle coloré destiné aux zones protégées. Cette avance n’est plus exclusive : au 24 juin 2026, six fabricants disposent de références certifiées, dont le français DualSun mais aussi des marques étrangères. Le certificat atteste d’une empreinte carbone, pas d’une origine française — la confusion est facile, et elle est répandue.
Pour un particulier, ce n’est pas un détail symbolique mais un écart de prix réel, qui absorbe une partie du surcoût du « fabriqué en France ». L’entreprise assemble sur trois lignes pour une production annuelle de l’ordre de 250 MW.
Il faut cependant regarder les comptes en face. En 2024, l’entreprise a réalisé un chiffre d’affaires de 25,73 millions d’euros, en progression de 5,3 %, mais pour un résultat net négatif de 1,70 million. L’exercice 2025 repasse tout juste dans le vert — 46 500 euros de résultat net pour 25,8 millions de chiffre d’affaires, soit 0,4 % de croissance —, mais le résultat d’exploitation reste négatif de 599 000 euros. Le dernier fabricant français debout atteint l’équilibre, pas la santé. Ce n’est pas un détail comptable : c’est la mesure exacte de la pression exercée par les prix asiatiques, y compris sur celui qui a survécu.
DualSun, la conception française et l’assemblage partenaire
DualSun fonctionne différemment. Fondée en 2010 par Jérôme Mouterde et Laetitia Brottier, elle a installé sa recherche et développement à Marseille, et confie l’assemblage de ses modules à l’industriel DM2F, à Jujurieux, dans l’Ain, où la production en série du panneau hybride SPRING a démarré en 2019 après neuf ans de recherche. Fin 2021, 850 000 euros ont été investis pour tripler la surface de la ligne, portant la capacité à environ 30 000 panneaux hybrides par an.
Son originalité est technique : DualSun conçoit des panneaux hybrides, produisant simultanément électricité et eau chaude sanitaire — approche qui avait aussi été celle de Systovi. L’entreprise revendique plus de 50 % de la valeur ajoutée réalisée en France sur sa gamme SPRING ; en 2021, elle indiquait que 61 % du panneau — une vingtaine de composants polymères — étaient produits en France. L’affirmation est d’autant plus utile qu’elle est chiffrée, donc vérifiable, et elle repose sur des éléments identifiables : l’échangeur thermique est extrudé en Alsace, et la vingtaine de composants nécessaires à son montage à l’arrière de la cellule sont produits en France.
Le périmètre de ce « made in France » doit être lu avec soin. Le SPRING est construit sur un module photovoltaïque FLASH importé de Chine, auquel la partie thermique est ajoutée à Jujurieux ; et la gamme FLASH vendue seule, celle qui concurrence directement les modules chinois, est fabriquée en Chine, ce que la marque écrit elle-même. DualSun ne publie pas la part de chaque gamme dans ses ventes.
Côté capital, l’entreprise a annoncé le 31 août 2022 une levée de 10 millions d’euros auprès de TiLT Capital Partners — fonds du groupe français Siparex dédié à la transition énergétique, qui réalisait là son premier investissement — accompagné d’investisseurs historiques dont Noria. L’opération comprenait le rachat, par les deux fondateurs, de parts détenues par ces investisseurs de la première heure : ils sont donc restés au tour de table, et s’y sont même renforcés.
La limite que ni l’un ni l’autre ne peut franchir
Ces deux entreprises assemblent en France — tout ou partie de leur gamme —, y conçoivent leurs produits, y emploient et y paient leurs impôts. Mais les cellules qu’elles assemblent sont fabriquées hors d’Europe — en Chine pour la gamme FLASH de DualSun, en Éthiopie ou au Vietnam pour Voltec, dont le fournisseur officiel est depuis novembre 2025 le groupe TOYO —, faute de toute alternative européenne à l’échelle requise — impossibilité aggravée par la fermeture de Photowatt.
C’est exactement le cas de figure que notre barème de notation est conçu pour rendre visible. Une entreprise peut atteindre les meilleures notes sur les capitaux, la conception et la fabrication, et rester tout en bas de l’échelle sur les matières premières : 0 pour un approvisionnement mondial non différencié, 1 au mieux lorsque la chaîne est tracée, comme chez Voltec. Notre badge retenant toujours le critère le plus faible, un fabricant français de panneaux ne peut structurellement pas prétendre à un ancrage total. Ce n’est pas une sévérité arbitraire, c’est la traduction fidèle d’une réalité industrielle.
5. Carbon : l’espoir français qui s’est éteint en mai 2026
Aucun récit honnête de cette filière ne peut faire l’économie du chapitre Carbon, qui en constitue peut-être la partie la plus instructive.
Un projet à la hauteur de l’enjeu
En mars 2023, la start-up lyonnaise Carbon choisit Fos-sur-Mer pour implanter une gigafactory intégrée produisant plaquettes, cellules et modules — précisément les maillons que la France était en train de perdre. La cible : 5 GWc de cellules et 3,5 GWc de modules. Son président annonce 3 000 emplois directs à échéance 2026, et neuf mille indirects. Une unité pilote, « Carbon One », devait produire 500 MWc — plus d’un million de panneaux par an, environ un dixième de la capacité visée — à partir de l’automne 2025.
Le montage mêlait dette pour environ la moitié, subventions nationales et européennes pour un quart, fonds propres pour le reste. Le projet obtient un soutien de l’État au titre de France 2030. Il lance surtout une levée de fonds citoyenne via la plateforme Enerfip, sous forme d’obligations proposées à des particuliers. 2 379 épargnants y souscrivent, dans l’idée de financer la réindustrialisation solaire de leur pays. Carbon s’était également porté candidat à la reprise de Photowatt.
Le retournement
En décembre 2025, Carbon change de stratégie et s’associe au géant chinois LONGi. L’ironie est difficile à manquer : le projet censé affranchir la France de la dépendance chinoise s’adosse à l’un de ses principaux acteurs.
Le 19 mai 2026, les porteurs du projet jettent l’éponge. Il n’y aura pas de gigafactory Carbon en France. Le motif invoqué mérite d’être cité tel quel, car il renvoie directement à la section suivante de cet article : l’abandon est présenté comme « un choix difficile », pris faute d’une préférence européenne suffisamment protectrice.
Ce dénouement n’invalide pas l’intention initiale, et l’échec d’un projet industriel n’a rien de déshonorant. Mais il mesure l’écart entre les annonces de réindustrialisation et les conditions économiques réelles du secteur. Trois mille emplois annoncés, zéro construit.
6. HoloSolis, le projet qui tient encore
L’histoire ne s’arrête pourtant pas là, et il serait malhonnête de conclure à une extinction totale.
À Sarreguemines-Hambach, en Moselle, le projet HoloSolis poursuit son chemin. Il vise la plus grande gigafactory européenne de cellules et modules en technologie TOPCon, pour 2 000 emplois directs et une capacité de 5 GW par an à pleine puissance en 2030 — de quoi alimenter, selon le porteur du projet, un million de foyers européens chaque année.
Le calendrier est plus avancé qu’on ne le croit souvent. Le permis de construire et l’autorisation environnementale ont été obtenus le 24 janvier 2025, et l’entreprise indique disposer désormais de l’ensemble des autorisations nécessaires au lancement du chantier. Le 17 novembre 2025, elle a annoncé avoir sécurisé plus de 220 millions d’euros de financements publics et privés, avec l’arrivée de Calés Technologie et de Forming aux côtés d’investisseurs déjà présents : InnoEnergy, TSE, le groupe IDEC, Armor et Heraeus. Ces fonds doivent finaliser la conception de l’usine, déployer la technologie TOPCon et engager les recrutements. Le démarrage des travaux est prévu en 2026, pour une première production de modules en 2027.
L’usine, d’environ 180 000 m², représente un investissement de l’ordre de 850 millions d’euros pour dix millions de panneaux par an.
Deux réserves s’imposent néanmoins, et la seconde est plus dérangeante que la première.
D’abord le calendrier : le précédent Carbon invite à la prudence sur les échéances annoncées dans ce secteur, et le démarrage effectif du chantier reste à confirmer.
Ensuite, et c’est le point que peu de commentaires relèvent : la gigafactory doit utiliser la technologie de cellule du chinois Trina Solar. Les cellules seraient donc bien produites en France, mais selon un procédé sous licence chinoise. Cela ne retire rien au gain industriel — un site de production, des emplois, une chaîne raccourcie — mais cela déplace la question de la souveraineté d’un cran : on rapatrie l’usine, pas la propriété de la technologie.
Si HoloSolis aboutit, la France retrouverait donc ce qu’elle a perdu en janvier 2025 : une production de cellules sur son sol. C’est le seul scénario aujourd’hui identifiable qui permettrait à un panneau français de cesser d’être un assemblage de cellules asiatiques — au prix d’une dépendance technologique qui, elle, demeure.
7. Ce que dit la réglementation — et ce qu’elle ne dit pas
Face à cette situation, l’Union européenne a adopté en juin 2024 le règlement dit NZIA (Net-Zero Industry Act), présenté comme l’instrument de la reconquête industrielle verte.
Son ambition réelle est plus modeste que sa communication. Le texte vise la diversification des chaînes d’approvisionnement, sans instaurer de préférence pour la production européenne. Il prévoit des critères « hors prix » dans les appels d’offres publics — résilience, durabilité, cybersécurité — que la France met en œuvre en adaptant ses appels d’offres et ses arrêtés tarifaires, de façon à encourager le recours à des panneaux fabriqués en Europe.
Deux évolutions récentes en limitent la portée. La loi d’accélération industrielle de mars 2026 a élargi le périmètre du « fabriqué en Europe » à l’ensemble des pays disposant d’un accord de libre-échange avec l’Union — ce qui peut inclure la Turquie, le Vietnam ou l’Inde. Et elle a repoussé à 2030 l’introduction d’une véritable préférence européenne.
Autrement dit : le dispositif censé protéger les fabricants européens arrivera, au mieux, cinq ans après la disparition de la plupart d’entre eux — et l’année même où HoloSolis atteindrait sa pleine capacité.
8. Ce que cela change concrètement pour l’acheteur
Acheter français reste possible, à condition de savoir ce qu’on achète
Un panneau « français » en 2026 signifie : conçu en France, assemblé en France, à partir de cellules importées hors d’Europe. Ce n’est ni un mensonge ni un ancrage complet. C’est un assemblage national qui fait vivre des emplois industriels réels dans le Bas-Rhin et dans l’Ain, sans maîtrise de l’amont.
C’est le maximum atteignable aujourd’hui. Le refuser au motif qu’il est imparfait reviendrait à n’avoir aucune option ; le présenter comme une souveraineté retrouvée serait tout aussi malhonnête.
Trois points de vérification avant de signer
- Le certificat CertiSolis, qui conditionne l’éligibilité à la TVA réduite à 5,5 %. Attention au contresens : il atteste d’une empreinte carbone inférieure à 530 kgCO₂eq/kWc, pas d’une fabrication française. Des marques étrangères en détiennent.
- Le lieu d’assemblage précis, à distinguer du siège social de la marque : plusieurs marques présentées comme françaises sont des importateurs qui ne fabriquent rien.
- La part de valeur ajoutée en France, lorsqu’elle est chiffrée et publiée, comme le fait DualSun sur sa gamme SPRING.
Le vrai levier est ailleurs
Il faut le dire sans détour : dans une installation résidentielle, le panneau ne représente qu’une fraction de la facture. L’onduleur, la pose, le raccordement, les démarches administratives et la garantie décennale pèsent lourd — et ces prestations-là sont intégralement françaises et non délocalisables.
Le choix de l’installateur — qualification RGE, ancrage local, solidité de l’entreprise pour honorer une garantie sur vingt ans — a probablement plus d’effet sur l’économie française, et sur la réussite du projet, que l’origine des cellules.
Conclusion : documenter une disparition, sans enterrer trop vite
Nous n’écrivons pas cet article pour désigner des coupables. La fin de la fabrication photovoltaïque française ne s’explique ni par la paresse des industriels ni par un complot, mais par une asymétrie d’échelle contre laquelle des entreprises de quatre-vingt-dix ou cent soixante salariés ne pouvaient rien, et à laquelle les politiques publiques ont répondu trop tard et trop peu.
Le tableau n’est pas uniformément noir pour autant. Deux fabricants tiennent, dont l’un perd de l’argent pour rester. Un projet d’envergure européenne avance en Moselle, avec ses permis, ses premiers financements et un calendrier annoncé pour 2027 — et il porte, seul, la possibilité de voir un jour des cellules produites en France.
D’ici là, le photovoltaïque reste le cas d’école de ce que perd un pays lorsqu’il laisse partir une industrie qu’il avait contribué à inventer. En 1979, quand Photowatt a été créée, la Chine ne produisait pas un seul panneau solaire. En 2025, la France en a installé un nombre record, presque tous venus de là-bas.
Les informations de cet article sont fournies à titre informatif et ne constituent ni un conseil en investissement ni une recommandation d’installation. Les données citées reflètent l’état des sources publiques disponibles à la date de publication ; ce secteur évoluant rapidement, nous réviserons cet article en fonction de l’actualité de la filière.
Sources :
- 5,9 GW de photovoltaïque ont été raccordés en France en 2025, établissant un nouveau record — pv magazine France
- Le parc solaire photovoltaïque français a atteint 33 GW à la fin du 1er trimestre — L’Écho du Solaire
- HoloSolis secures over €220 million in financing to launch Europe’s largest solar panel factory — InnoEnergy, 17 novembre 2025
- Dualsun lève 10 M€ auprès de Tilt Capital Partners et de ses investisseurs historiques — communiqué DualSun, 31 août 2022
- Où sont fabriqués les panneaux solaires Dualsun ? — Dualsun
- Dans une usine française qui assemble des panneaux solaires hybrides — Révolution Énergétique, 3 mai 2024
- Dualsun triple sa production et multiplie son CA par six — Le Bâtiment Performant, 25 novembre 2021
- Société VOLTEC SOLAR — comptes et dirigeants — Pappers (données du registre du commerce)
- « Un choix difficile » : faute d’une « préférence européenne » suffisamment protectrice, Carbon renonce à son projet de gigafactory — L’Usine Nouvelle
- « Ça représentera 3 000 emplois à échéance 2026 », précise le président de la start-up Carbon — Franceinfo
- Carbon choisit Fos-sur-Mer pour l’implantation de sa gigafactory — pv magazine France
- Certisolis publie la liste des premiers modules solaires de moins de 530 kgCO2/kWc, éligibles à la TVA à 5,5 % — pv magazine France
- PPE3 : un objectif de 48 GW pour le photovoltaïque en 2030 avec une clause de revoyure en 2027 — L’Écho du Solaire
- La gigafactory d’Holosolis va utiliser la technologie de cellule solaire du chinois Trina Solar — Le Journal des Entreprises
- En Chine, un début d’année contrasté pour le solaire entre croissance et pression sur les prix — pv magazine France
- Clap de fin pour Photowatt — L’Usine Nouvelle
- Bourgoin-Jallieu. EDF ferme Photowatt, 162 salariés touchés — Tribune de Lyon
- Photowatt, pionnier isérois du panneau photovoltaïque à la française, condamné à la fermeture — Place Gre’net
- Le fabricant français Systovi en cessation d’activité — pv magazine France
- L’usine française du fabricant Recom Sillia placée en liquidation judiciaire — pv magazine France
- Il n’y aura pas de gigafactory Carbon en France : les porteurs du projet jettent l’éponge — pv magazine France
- Le projet d’usine géante de photovoltaïque Carbon officiellement abandonné à Fos-sur-Mer — Marsactu
- Les chaînes d’approvisionnement du solaire sont trop concentrées en Chine, dit l’AIE — L’Usine Nouvelle
- La production de panneaux solaires et de batteries jusqu’à 45 % plus chère dans l’UE qu’en Chine, selon l’AIE — pv magazine France
- La société — chronologie de Voltec Solar — Voltec Solar
- Toyo strikes solar cell supply deal with Voltec Solar — pv magazine, 4 novembre 2025